Résultat de recherche pour "camps de concentration"

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Le camp de concentration de Natzweiler-Struthof

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Le camp de concentration de Natzweiler-Struthof

Natzweiler-Struthof : l'unique camp nazi en France devenu lieu de mémoire témoigne de l'horreur concentrationnaire.

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Le procès de Nuremberg

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Le procès de Nuremberg

Une présentation du déroulé du procès de Nuremberg et son contexte, pour en souligner son importance historique.

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And the Oscar Goes to
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Sélection culturelle

And the Oscar Goes to

2023 was the year "Barbenheimer" revived cinema attendance around the world. But despite leading the box office, Barbie received only one Oscar, for best song, while Oppenheimer dominated this year's Awards, taking home seven statuettes.

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Le camp d’Auschwitz

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Le camp d’Auschwitz

193 photos prises par des SS à Auschwitz révèlent l'horreur de la sélection des Juifs hongrois en 1944. Décryptage.

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Primo Levi, Si c'est un homme

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Fiche élève

Primo Levi, Si c'est un homme

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Une géographie de la pauvreté en France

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Une géographie de la pauvreté en France

Concentrée dans les grandes villes ou en marge ? La géographie de la pauvreté en France est assez éclatée. 

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Les neurosciences : Le silence est d’or : apprendre… par défaut !
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Les neurosciences : Le silence est d’or : apprendre… par défaut !

Par Violaine Carry Des élèves engagés dans les apprentissages : voilà le leitmotiv de notre temps, qui promeut pédagogie de projet, travaux de groupes et autres stratégies pour capter l’attention des élèves et les maintenir actifs. Constamment actifs… Et si, pour bien apprendre, ils avaient aussi besoin de… ne rien faire ? « Mademoiselle Martin, pouvez-vous répéter ce que je viens de dire ? »… et voila Lucie Martin qui panique, car elle vient d’être rappelée à la réalité par son professeur, et n’a aucune idée de ce qui s’est passé au cours de la dernière minute. Lucie ne s’était même pas rendu compte que son esprit s’était mis à vagabonder. Cette situation – notre esprit qui part en roue libre –, nous l’avons tous vécue, et pourtant, elle est souvent associée à un jugement négatif. Et la culpabilité est d’autant plus grande qu’en général, nous sommes replongés dans la réalité en pensant à ce que nous devrions être en train de faire… ou par un tiers qui nous le rappelle, avec plus ou moins de bienveillance… Ne rien faire, c’est vital ! L’ironie est que cet état, ou concrètement nous ne faisons rien, en tous cas rien de constructif à nos yeux, est un mode cérébral dans lequel notre cerveau fourmille d’activités, au point d’être plus gourmand en énergie que quand il est focalisé sur une tâche complexe. Ce paradoxe a été découvert en 2001 par le neurologue Marcus Raichle, de l’université de Saint-Louis (USA). Il a baptisé cet état du cerveau « mode par défaut » , et le réseau des neurones impliqués « réseau par défaut » . Or, nous passerions entre un tiers et la moitié de notre temps d’éveil en mode par défaut, sans compter que ce réseau s’active également pendant notre sommeil. Il n’en a pas fallu plus aux chercheurs pour en conclure que la fonction de ce temps de « vagabondage » devait être beaucoup plus importante que ce qui paraissait. Et pour cause ! Les chercheurs ont depuis découvert que ce réseau était impliqué dans des fonctions non négligeables. Confirmée par plusieurs recherches depuis 2013, une corrélation a été établie entre le réseau par défaut d’une part, et la créativité et la pensée divergente d’autre part. En effet, les personnes dont les liens sont les plus denses entre les zones cérébrales impliquées dans le réseau par défaut sont celles qui trouvent le plus d’usages décalés pour un objet du quotidien, comme une chaussure ou une canette vide, par exemple. De même, une séance de brainstorming est d’autant plus riche qu’elle a été précédée d’un moment ou les participants pouvaient laisser vagabonder leur esprit. Mieux que ça : le mode par défaut est aussi le moment ou le cerveau en profite pour faire le tri et renforcer certaines informations, ainsi que pour éliminer les « métabolites », déchets produits pendant les temps de concentration, et même pour générer de nouvelles cellules, dont de nouveaux neurones. Ainsi, le mode par défaut assure certaines des fonctions fondamentales du sommeil, alors que nous sommes en état de veille. Il nous permet d’éviter la saturation de données et de fluidifier l’assimilation de celles-ci ; c’est donc paradoxalement dans ces moments où on ne fait rien qu’on mémorise réellement les informations, qu’on régule nos capacités d’attention et de concentration et qu’on optimise nos facultés d’innovation. De l’intérêt du mode par défaut en français En lisant cela, mon cerveau de professeure de lycée s’est retrouvé sur le coup un brin frustré : tout cela est bien joli, mais que puis-je en faire avec les élèves, concrètement ? Nous sommes tiraillés entre des programmes plus qu’ambitieux, la préparation aux nouvelles EAF, plus tard au grand oral, mais aussi le désir de faire vivre aux élèves des expériences de lecteurs et de scripteurs à la fois riches et utiles. Bref, à première vue, nous avons d’autres chats à fouetter que de nous occuper du réseau par défaut des élèves. Et si cela nous était bénéfique ? Nous avons déjà mentionné l’intérêt du mode par défaut pour la mémorisation (et pour les notions de grammaire, qui sont désormais évaluées à l’oral du bac, ce qui n’est pas du luxe) mais en français, favoriser la créativité et la pensée divergente de nos élèves peut également avoir un impact non négligeable sur leurs performances. En effet, nous déplorons souvent en commentaire que les élèves ne fassent pas les liens entre les œuvres, qu’ils ne perçoivent pas l’inspiration d’un mouvement chez un auteur, ou encore qu’ils n’adaptent pas leur plan a une autre problématique, a une autre vision du texte. Or, le mode par défaut, en faisant la part belle aux associations d’idées, en activant les zones qui développent l’empathie, c'est-à-dire la capacité à adopter le point de vue et le ressenti d’autrui, est une solution toute trouvée à ces défaillances. De même, quand les élèves bloquent, lors d’une dissertation, pour passer à la synthèse, qui demande tout de même un déplacement de point de vue parfois difficile à réaliser, le réseau par défaut peut aussi aider. Autre application du mode par défaut : l’appropriation des lectures. Certains (généralement des lecteurs qui ont déjà cette pratique) exploiteront naturellement le mode par défaut pour se mettre dans la peau d’un personnage et assimiler ses expériences – et par extension la lecture. D’autres, en revanche, auront besoin d’être davantage guidés par des exercices plus cadrés, mais qui mobiliseront indirectement cette faculté à déplacer son point de vue, d’où l’intérêt dans tous les cas de développer le réseau par défaut. Des temps de vagabondage mental pendant le cours ? J.-P. Lachaux ne cesse de le répéter d’un écrit à l’autre : il est impossible (et malsain !) d’être concentré(e) en permanence, d’où son idée de « bulles » d’attention de durée prédéfinie. Que nous le voulions ou non, nos élèves ont besoin de décrocher régulièrement, et cela dépend de leurs ressources attentionnelles propres, du moment de la journée et de leur hygiène de vie (alimentation, sport, interactions sociales) : la durée de concentration chez l’adulte est de 20 minutes maximum ; elle diminue a 15, voire à 10, chez les enfants et les adolescents, sans parler des personnes atteintes de TDAH… Or, nous avons tendance a toujours vouloir maintenir les élèves en activité, à mettre leur cerveau à ébullition, en oubliant que cela ne sera efficace que si ces moments sont entourés de temps de « récupération », un peu comme lors d’un effort physique. Seulement, nous ne maîtrisons pas toutes les données. Tout d'abord, il y a fort à parier que nos collègues cherchent eux aussi à optimiser leur temps de cours au maximum, de sorte que nous ne pouvons pas anticiper comment et en quelle proportion les élèves décrocheront en mode par défaut dans notre cours, avant ou après. Ensuite, notre société fabrique de plus en plus des individus qui fuient l’ennui comme la peste : en témoigne cette étude du psychologue T. Wilson qui, en 2014, n’a laissé qu’un appareil a électrochocs à des volontaires enfermés dans une salle d’attente et dépossédés de tout outil de distraction (téléphones, tablettes, livres…). Quinze minutes plus tard, deux tiers des hommes et un tiers des femmes s’étaient eux-mêmes infligés des électrochocs, tant le fait de patienter leur paraissait insupportable. La synthèse de Michel Desmurget sur l’impact des écrans sur les fonctions cognitives, dans son ouvrage délibérément provocateur, nous rappelle par ailleurs combien l’attention de nos enfants est capturée au quotidien par les réseaux sociaux, plateformes vidéos, etc. Ce temps consacré aux écrans, outre qu’il n’est pas investi dans d’autres activités plus constructives comme les interactions sociales, ne l’est pas non plus dans du temps de vagabondage mental, soit du mode par défaut… et cela éclaire tout de suite beaucoup mieux l’extension dramatique des troubles attentionnels dans notre société. En clair : on n’est jamais mieux servi que par soi-même. Si nous voulons que nos élèves assimilent bien notre cours, il faut leur en donner les moyens au sein du cours. Comment exploiter le mode par défaut sans perdre de temps en cours ? Deux contraintes s’ajoutent en pratique. La première est que les élèves ont chacun des rythmes et des intérêts pour les matières variés, de sorte qu’ils « vagabondent » naturellement a des moments différents. La seconde est que pour ce qui est de la créativité, l’effet positif du mode par défaut est accru si la personne se rend elle-même compte du décrochage, ce qui est le principe de base de la méditation de pleine conscience. Dans ce deuxième cas, la personne travaille en effet sa métacognition, une faculté qui est par ailleurs fondamentale pour la compréhension des erreurs et leur remédiation. Exploiter le mode par défaut au fil de la séance Pour renforcer la mémorisation, et harmoniser au mieux les temps de cerveaux en mode par défaut, je propose (car ce n’est pas une recette miracle pour tous les élèves) la structure suivante : L’idéal serait tout d’abord de ménager un temps court (5-10 min) d’acclimatation, donc une activité peu couteuse en énergie, pour que les élèves qui « sont » encore dans le cours précédent par un vagabondage mental, aient le temps de raccrocher à la thématique et à la problématique du cours. Ensuite serait bienvenu un temps plus couteux en terme d’attention (réflexion sur un cas-limite, une situation-problème, et/ou un apport théorique avec prise de note autonome). Ce temps, pour être mieux marqué comme important par le cerveau de l’élève, doit inclure un intérêt (plaisir direct du mode d’enseignement, indirect par projection modérée dans un avenir proche) et ne pas excéder 15 minutes. Dans l’idéal toujours, ce temps pourrait être suivi d’un moment d’appropriation. Une solution très simple est la « dictée » de la leçon (soit avec un brin de temps en plus que nécessaire pour qu’ils aient le temps de « décrocher », soit avec des reformulations variées) : les élèves mobilisent des facultés mécaniques et ont le temps de la fixer en mémoire. Peut-être plus couteuse en temps, l’autre solution est de proposer aux élèves un moment de méditation autour de la leçon. Le principe est simple : ils peuvent être dans la position qu’ils souhaitent à condition que celle-ci soit confortable et qu’elle les isole des autres, au moins visuellement ; l’enseignant répète en boucle les notions principales du cours pendant 4 à 5 minutes d’une voix monocorde. Notez que la fixation des informations ne sera effective que si les élèves se sont réellement engagés dans l’activité précédente. Ce temps ne doit pas être trop long, au risque de réellement perdre les élèves. Enfin, une série d’exercices pourra à la fois permettre à ceux qui en ont besoin, de poursuivre leur vagabondage mental (surtout si les exercices en question sont mécaniques), et aux autres, de mettre en application ce qu’ils auront assimilé pendant le temps d’appropriation. Travailler régulièrement sur la métacognition et le réseau par défaut Vous pouvez au quotidien demander à des élèves que vous surprenez dans la lune ce à quoi ils sont en train de penser. Vous pouvez demander aux élèves de marquer d’une barre les moments où ils décrochent de votre cours, sans que ce soit un facteur de sanction. Ils mentionnent à l’écrit ou à l’oral la pensée qui les a détournés de votre enseignement. De façon générale :  Attention aux travaux de groupe ! Ils sont très populaires, et a raison, parce qu’ils permettent aux élèves de se confronter à d'autres points de vue et d’apprendre ainsi les uns des autres, mais ce dispositif provoque des mises en mode par défaut malvenues parce que certains ne supportent pas le chaos sonore qui en résulte et préfèrent décrocher. Et de fait, une pollution sonore empoisonne la réflexion de tous nos élèves, même s’ils savent la filtrer. Attention aux dictées ! Celles-ci ne sont réellement efficaces que pour les élèves qui maîtrisent l’orthographe, la syntaxe et la grammaire ; elles ne deviennent utiles en mode par défaut que si le professeur prend la peine de reformuler. La parole est d’argent, le silence est d’or… Mais il est difficile, voire courageux, selon les inspecteurs, de l’accepter. Mon souhait est évident : je ne le formule pas. BIBLIOGRAPHIE M. Desmurget, La Fabrique du crétin digital , Seuil, 2019. B. Baird, J. Smallwood, M. D. Mrazek, Inspired by distraction : mind wanderind facilities creative incubation , Psychological Science, vol 23, pp. 1117-1122, 2012. Josie Glausiusz, « Esprit vagabond, esprit fécond », Cerveau et psycho n° 46. Josie Glausiusz, « Éclairages », Cerveau et psycho n°119. Consultez d'autres articles sur les neurosciences Les émotions au service des apprentissages Apprendre en résistant Être attentif… ça s’apprend Des mémoires pour mieux apprendre L’éclairage des neurosciences en grammaire

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Les neurosciences : le silence est d’or : apprendre… par défaut !
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Les neurosciences : le silence est d’or : apprendre… par défaut !

Par Violaine Carry Des élèves engagés dans les apprentissages : voilà le leitmotiv de notre temps, qui promeut pédagogie de projet, travaux de groupes et autres stratégies pour capter l’attention des élèves et les maintenir actifs. Constamment actifs… Et si, pour bien apprendre, ils avaient aussi besoin de… ne rien faire ? « Mademoiselle Martin, pouvez-vous répéter ce que je viens de dire ? »… et voila Lucie Martin qui panique, car elle vient d’être rappelée à la réalité par son professeur, et n’a aucune idée de ce qui s’est passé au cours de la dernière minute. Lucie ne s’était même pas rendu compte que son esprit s’était mis à vagabonder. Cette situation – notre esprit qui part en roue libre –, nous l’avons tous vécue, et pourtant, elle est souvent associée à un jugement négatif. Et la culpabilité est d’autant plus grande qu’en général, nous sommes replongés dans la réalité en pensant à ce que nous devrions être en train de faire… ou par un tiers qui nous le rappelle, avec plus ou moins de bienveillance… Ne rien faire, c’est vital ! L’ironie est que cet état, ou concrètement nous ne faisons rien, en tous cas rien de constructif à nos yeux, est un mode cérébral dans lequel notre cerveau fourmille d’activités, au point d’être plus gourmand en énergie que quand il est focalisé sur une tâche complexe. Ce paradoxe a été découvert en 2001 par le neurologue Marcus Raichle, de l’université de Saint-Louis (USA). Il a baptisé cet état du cerveau « mode par défaut » , et le réseau des neurones impliqués « réseau par défaut » . Or, nous passerions entre un tiers et la moitié de notre temps d’éveil en mode par défaut, sans compter que ce réseau s’active également pendant notre sommeil. Il n’en a pas fallu plus aux chercheurs pour en conclure que la fonction de ce temps de « vagabondage » devait être beaucoup plus importante que ce qui paraissait. Et pour cause ! Les chercheurs ont depuis découvert que ce réseau était impliqué dans des fonctions non négligeables. Confirmée par plusieurs recherches depuis 2013, une corrélation a été établie entre le réseau par défaut d’une part, et la créativité et la pensée divergente d’autre part. En effet, les personnes dont les liens sont les plus denses entre les zones cérébrales impliquées dans le réseau par défaut sont celles qui trouvent le plus d’usages décalés pour un objet du quotidien, comme une chaussure ou une canette vide, par exemple. De même, une séance de brainstorming est d’autant plus riche qu’elle a été précédée d’un moment ou les participants pouvaient laisser vagabonder leur esprit. Mieux que ça : le mode par défaut est aussi le moment ou le cerveau en profite pour faire le tri et renforcer certaines informations, ainsi que pour éliminer les « métabolites », déchets produits pendant les temps de concentration, et même pour générer de nouvelles cellules, dont de nouveaux neurones. Ainsi, le mode par défaut assure certaines des fonctions fondamentales du sommeil, alors que nous sommes en état de veille. Il nous permet d’éviter la saturation de données et de fluidifier l’assimilation de celles-ci ; c’est donc paradoxalement dans ces moments où on ne fait rien qu’on mémorise réellement les informations, qu’on régule nos capacités d’attention et de concentration et qu’on optimise nos facultés d’innovation. De l’intérêt du mode par défaut en français En lisant cela, mon cerveau de professeure de lycée s’est retrouvé sur le coup un brin frustré : tout cela est bien joli, mais que puis-je en faire avec les élèves, concrètement ? Nous sommes tiraillés entre des programmes plus qu’ambitieux, la préparation aux nouvelles EAF, plus tard au grand oral, mais aussi le désir de faire vivre aux élèves des expériences de lecteurs et de scripteurs à la fois riches et utiles. Bref, à première vue, nous avons d’autres chats à fouetter que de nous occuper du réseau par défaut des élèves. Et si cela nous était bénéfique ? Nous avons déjà mentionné l’intérêt du mode par défaut pour la mémorisation (et pour les notions de grammaire, qui sont désormais évaluées à l’oral du bac, ce qui n’est pas du luxe) mais en français, favoriser la créativité et la pensée divergente de nos élèves peut également avoir un impact non négligeable sur leurs performances. En effet, nous déplorons souvent en commentaire que les élèves ne fassent pas les liens entre les œuvres, qu’ils ne perçoivent pas l’inspiration d’un mouvement chez un auteur, ou encore qu’ils n’adaptent pas leur plan a une autre problématique, a une autre vision du texte. Or, le mode par défaut, en faisant la part belle aux associations d’idées, en activant les zones qui développent l’empathie, c'est-à-dire la capacité à adopter le point de vue et le ressenti d’autrui, est une solution toute trouvée à ces défaillances. De même, quand les élèves bloquent, lors d’une dissertation, pour passer à la synthèse, qui demande tout de même un déplacement de point de vue parfois difficile à réaliser, le réseau par défaut peut aussi aider. Autre application du mode par défaut : l’appropriation des lectures. Certains (généralement des lecteurs qui ont déjà cette pratique) exploiteront naturellement le mode par défaut pour se mettre dans la peau d’un personnage et assimiler ses expériences – et par extension la lecture. D’autres, en revanche, auront besoin d’être davantage guidés par des exercices plus cadrés, mais qui mobiliseront indirectement cette faculté à déplacer son point de vue, d’où l’intérêt dans tous les cas de développer le réseau par défaut. Des temps de vagabondage mental pendant le cours ? J.-P. Lachaux ne cesse de le répéter d’un écrit à l’autre : il est impossible (et malsain !) d’être concentré(e) en permanence, d’où son idée de « bulles » d’attention de durée prédéfinie. Que nous le voulions ou non, nos élèves ont besoin de décrocher régulièrement, et cela dépend de leurs ressources attentionnelles propres, du moment de la journée et de leur hygiène de vie (alimentation, sport, interactions sociales) : la durée de concentration chez l’adulte est de 20 minutes maximum ; elle diminue a 15, voire à 10, chez les enfants et les adolescents, sans parler des personnes atteintes de TDAH… Or, nous avons tendance a toujours vouloir maintenir les élèves en activité, à mettre leur cerveau à ébullition, en oubliant que cela ne sera efficace que si ces moments sont entourés de temps de « récupération », un peu comme lors d’un effort physique. Seulement, nous ne maîtrisons pas toutes les données. Tout d'abord, il y a fort à parier que nos collègues cherchent eux aussi à optimiser leur temps de cours au maximum, de sorte que nous ne pouvons pas anticiper comment et en quelle proportion les élèves décrocheront en mode par défaut dans notre cours, avant ou après. Ensuite, notre société fabrique de plus en plus des individus qui fuient l’ennui comme la peste : en témoigne cette étude du psychologue T. Wilson qui, en 2014, n’a laissé qu’un appareil a électrochocs à des volontaires enfermés dans une salle d’attente et dépossédés de tout outil de distraction (téléphones, tablettes, livres…). Quinze minutes plus tard, deux tiers des hommes et un tiers des femmes s’étaient eux-mêmes infligés des électrochocs, tant le fait de patienter leur paraissait insupportable. La synthèse de Michel Desmurget sur l’impact des écrans sur les fonctions cognitives, dans son ouvrage délibérément provocateur, nous rappelle par ailleurs combien l’attention de nos enfants est capturée au quotidien par les réseaux sociaux, plateformes vidéos, etc. Ce temps consacré aux écrans, outre qu’il n’est pas investi dans d’autres activités plus constructives comme les interactions sociales, ne l’est pas non plus dans du temps de vagabondage mental, soit du mode par défaut… et cela éclaire tout de suite beaucoup mieux l’extension dramatique des troubles attentionnels dans notre société. En clair : on n’est jamais mieux servi que par soi-même. Si nous voulons que nos élèves assimilent bien notre cours, il faut leur en donner les moyens au sein du cours. Comment exploiter le mode par défaut sans perdre de temps en cours ? Deux contraintes s’ajoutent en pratique. La première est que les élèves ont chacun des rythmes et des intérêts pour les matières variés, de sorte qu’ils « vagabondent » naturellement a des moments différents. La seconde est que pour ce qui est de la créativité, l’effet positif du mode par défaut est accru si la personne se rend elle-même compte du décrochage, ce qui est le principe de base de la méditation de pleine conscience. Dans ce deuxième cas, la personne travaille en effet sa métacognition, une faculté qui est par ailleurs fondamentale pour la compréhension des erreurs et leur remédiation. Exploiter le mode par défaut au fil de la séance Pour renforcer la mémorisation, et harmoniser au mieux les temps de cerveaux en mode par défaut, je propose (car ce n’est pas une recette miracle pour tous les élèves) la structure suivante : L’idéal serait tout d’abord de ménager un temps court (5-10 min) d’acclimatation, donc une activité peu couteuse en énergie, pour que les élèves qui « sont » encore dans le cours précédent par un vagabondage mental, aient le temps de raccrocher à la thématique et à la problématique du cours. Ensuite serait bienvenu un temps plus couteux en terme d’attention (réflexion sur un cas-limite, une situation-problème, et/ou un apport théorique avec prise de note autonome). Ce temps, pour être mieux marqué comme important par le cerveau de l’élève, doit inclure un intérêt (plaisir direct du mode d’enseignement, indirect par projection modérée dans un avenir proche) et ne pas excéder 15 minutes. Dans l’idéal toujours, ce temps pourrait être suivi d’un moment d’appropriation. Une solution très simple est la « dictée » de la leçon (soit avec un brin de temps en plus que nécessaire pour qu’ils aient le temps de « décrocher », soit avec des reformulations variées) : les élèves mobilisent des facultés mécaniques et ont le temps de la fixer en mémoire. Peut-être plus couteuse en temps, l’autre solution est de proposer aux élèves un moment de méditation autour de la leçon. Le principe est simple : ils peuvent être dans la position qu’ils souhaitent à condition que celle-ci soit confortable et qu’elle les isole des autres, au moins visuellement ; l’enseignant répète en boucle les notions principales du cours pendant 4 à 5 minutes d’une voix monocorde. Notez que la fixation des informations ne sera effective que si les élèves se sont réellement engagés dans l’activité précédente. Ce temps ne doit pas être trop long, au risque de réellement perdre les élèves. Enfin, une série d’exercices pourra à la fois permettre à ceux qui en ont besoin, de poursuivre leur vagabondage mental (surtout si les exercices en question sont mécaniques), et aux autres, de mettre en application ce qu’ils auront assimilé pendant le temps d’appropriation. Travailler régulièrement sur la métacognition et le réseau par défaut Vous pouvez au quotidien demander à des élèves que vous surprenez dans la lune ce à quoi ils sont en train de penser. Vous pouvez demander aux élèves de marquer d’une barre les moments où ils décrochent de votre cours, sans que ce soit un facteur de sanction. Ils mentionnent à l’écrit ou à l’oral la pensée qui les a détournés de votre enseignement. De façon générale :  Attention aux travaux de groupe ! Ils sont très populaires, et a raison, parce qu’ils permettent aux élèves de se confronter à d'autres points de vue et d’apprendre ainsi les uns des autres, mais ce dispositif provoque des mises en mode par défaut malvenues parce que certains ne supportent pas le chaos sonore qui en résulte et préfèrent décrocher. Et de fait, une pollution sonore empoisonne la réflexion de tous nos élèves, même s’ils savent la filtrer. Attention aux dictées ! Celles-ci ne sont réellement efficaces que pour les élèves qui maîtrisent l’orthographe, la syntaxe et la grammaire ; elles ne deviennent utiles en mode par défaut que si le professeur prend la peine de reformuler. La parole est d’argent, le silence est d’or… Mais il est difficile, voire courageux, selon les inspecteurs, de l’accepter. Mon souhait est évident : je ne le formule pas. BIBLIOGRAPHIE M. Desmurget, La Fabrique du crétin digital , Seuil, 2019. B. Baird, J. Smallwood, M. D. 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La gamification dans l'enseignement : les escape games

La gamification dans l'enseignement : les escape games

Un levier de motivation Le jeu suscite la motivation de l'élève. Or la motivation pour s'engager dans le travail, c'est essentiel, comme le rappelle l'enseignant et chercheur québécois Rolland Viaud dans son livre  La motivation en contexte scolaire . Lorsque le jeu s'intègre dans une séquence didactique et qu'il s'adapte à la pédagogie de l'enseignant, il devient un vecteur d'apprentissage complémentaire pour consolider, réviser, mémoriser ou retravailler des notions abordées en classe. Les enseignants convaincus n'hésitent pas à avoir recours aux jeux dans leur classe car ils réenchantent les apprentissages et dédramatisent l’aventure scolaire.  Le jeu d'évasion pédagogique ou  Escape game Depuis peu, un nouveau jeu s'invite dans les établissements du secondaire. Né en 2008 au Japon, l’ Escape game  ou jeu d'évasion arrive en Europe dans les années 2010. Plusieurs joueurs sont enfermés dans une pièce et doivent résoudre une enquête dans un temps donné pour en sortir. En milieu scolaire et donc dans sa forme « sérieuse », cette pratique pédagogique innovante, parfois pluridisciplinaire, fonctionne en trois temps : l’immersion dans l’histoire avec les consignes ; la réflexion avec des énigmes parallèles à résoudre ; le débriefing, qui permet de revoir toutes les énigmes et de s'assurer que les notions sont acquises. En classe le «  serious  »  escape game  s'organise de deux façons. Soit les élèves et leur professeur créent le jeu d'évasion de A à Z au sein d'un projet comme au collège du Fort, à Sucy-en-Brie, en région parisienne. Durant l'année 2016-2017, deux professeures principales ont transformé deux salles en deux jeux d'évasion avec leurs classes sciences et européennes : «  L’usine à gaz  » (mathématiques, physique-chimie, sciences et techniques) et  « Missing or not missing »  (anglais, SVT, Sciences et techniques). Soit les élèves jouent à un escape game conçu par des enseignants et désormais par des éditeurs. «  La recette du bonheur  », un jeu en kit utilisé notamment par des 5e Segpa, revoit les notions mathématiques utiles à la codification et intègre dans son déroulement l'usage des outils numériques.  Lire la suite de l'article "La gamification dans l'enseignament" Les Escape Games Nathan Escape Games pour l’école Escape game bimédia… pour apprendre à raisonner, chercher, créer – Cycle 2 Auteur(s) : J. Garbarg-Chenon, H. Thibon Un Escape Game bimédia pour apprendre à raisonner, chercher et créer en classe ! En savoir plus et commander l’Escape game Nathan – Dipongo Escape Games Développement durable – CE et CM Auteur(s) : C. Bonneau, S. Pointu Collection dirigée par : E. Botalla Une démarche active et interdisciplinaire pour préparer l'élève futur citoyen face aux enjeux de développement durable ! En savoir plus et commander les Escape Games Escape Games Développement durable – CE En savoir plus et commander les Escape Games Escape Games Développement durable – CM Escape Games Français - Compréhension de textes CM Auteur(s) : E. Botalla Enseigner autrement le français et la compréhension de textes grâce à une pratique pédagogique innovante ! En savoir plus et commander les Escape Games Escape Games Français – CM Escape Games Maths - CE2, CM1, CM2 Auteur(s) : C. Bonneau, M.-C. Cosson, M. Vernet Sous la direction de : E. Botalla Quand les Mathématiques deviennent un terrain de jeu ! En savoir plus et commander les Escape Games Escape Games Maths CE2 En savoir plus et commander les Escape Games Escape Games Maths CM1 En savoir plus et commander les Escape Games Escape Games Maths CM2 Escape Games Sciences CM Auteur(s) : W. Freyssinet, S. Pointu, H. Villette-Zolty Collection dirigée par : E. Botalla Quand les Sciences deviennent un terrain de jeu ! En savoir plus et commander les Escape Games Escape Games Sciences CM   Escape Games Histoire CM Auteur(s) : E. Botalla Quand l'Histoire devient un terrain de jeu ! En savoir plus et commander les Escape Games Escape Games Histoire CM   Les escape games au collège Escape Games Mathématiques 6 e – Version papier Auteur(s) : A. Bedoussac, F. Castellana, A. Dominique, R. Geha Et si l’apprentissage des Maths devenait un jeu ? Une pochette d’Escape Games proposant 3 jeux pour apprendre et faire aimer les Mathématiques de façon ludique. En savoir plus et commander les Escape Games Mathématiques 6 e – Version papier   Escape Games SVT – Collège – Version papier Auteur(s) : N. Bihel, C. Courjaud, B. Guilloux, M. Jubault-Bregler Et si l'apprentissage des Sciences devenait un jeu ?... Une pochette d’Escape Games proposant 4 jeux pour apprendre et faire aimer les SVT de façon ludique. En savoir plus et commander les Escape Games SVT Collège – Version papier   Pochette Escape Games EMC EMI – Version papier Auteur(s) : C. Delorge, M. Laurent, G. Lipman Et si l'EMC et l'EMI devenaient un jeu ?... Avec la pochette d'Escape Games EMC - EMI, plongez vos élèves dans trois aventures passionnantes à vivre en équipes pour découvrir des thèmes du programme de façon ludique ! En savoir plus et commander les Escape Games EMC EMI Collège – Version papier Pochette Escape Games Français 6e/5e/4 e – Version papier Auteur(s) : A. Berthou-Sergeant, V. Christophe, E. Davodeau, J. Dozinel, F. Renner, C. Retrouvey Et si le Français devenait un jeu ?... Avec la pochette d'Escape Games Français, plongez vos élèves dans trois aventures passionnantes à vivre en équipes pour découvrir des thèmes spécifiques du programme de façon ludique ! En savoir plus et commander les Escape Games Français 6e/5e/4 e – Version papier Escape Games Anglais A1 > A2 – Version papier Auteur(s) : M. Canepa, P. Moore, E. Newman Et si la découverte culturelle devenait un jeu ?... Avec la pochette d'Escape Games Anglais A1 > A2, plongez vos élèves dans trois aventures passionnantes à vivre en équipes pour découvrir la culture anglophone de façon ludique ! En savoir plus et commander les Escape Games Anglais A1 > A2 – Version papier Escape Games Anglais Cycle 4 - (A2 / A2+ / B1) Auteur(s) : C. Baudry, P. Moore, E. Newman Et si la découverte culturelle devenait un jeu ?... Avec la pochette d'Escape Games Anglais Cycle 4, plongez vos élèves dans trois aventures passionnantes à vivre en équipes pour découvrir la culture anglophone de façon ludique ! En savoir plus et commander les Escape Games Anglais Cycle 4 - (A2 / A2+ / B1) Escape games Allemand A1 > B1 – Version papier Auteur(s) : N. Bibard, S. Morvan Touri Et si la découverte culturelle devenait un jeu ? Avec la pochette d'Escape Games Allemand A2>B1, plongez vos élèves dans trois aventures passionnantes à vivre en équipes pour découvrir la culture germanique de façon ludique ! En savoir plus et commander les Escape Games Allemand A1 > B1  – Version papier Escape Games Espagnol Cycle 4 Auteur(s) : P. Chupin, M. Roy, I. Santos Et si la découverte culturelle devenait un jeu ?... Avec la pochette d'Escape Espagnol cycle 4, plongez vos élèves dans trois aventures passionnantes à vivre en équipes pour découvrir la culture hispanique de façon ludique ! En savoir plus et commander les Escape Games Espagnol Cycle 4 Escape Games Physique-Chimie Cycle 4 – Version papier Auteur(s) : F. Amauger, F. Hauss Rizzetto, J. Henry, O. Renault Et si la découverte des sciences devenait un jeu ?... Avec la pochette d'Escape Games Physique-Chimie Cycle 4, plongez vos élèves dans 4 aventures passionnantes et ludiques à vivre en équipes. En savoir plus et commander les Escape Games Physique-Chimie Cycle 4 – Version papier Pochette Escape Games Histoire 6e/5e/4 e – Version papier Auteur(s) : M. Laurent, G. Lipman, M. Mirafza Et si l'Histoire devenait un jeu ? Avec la pochette d'Escape Games Histoire, plongez vos élèves dans trois aventures passionnantes à vivre en équipes pour découvrir des époques historiques de façon ludique ! En savoir plus et commander les Escape Games Histoire 6e/5e/4e – Version papier Les Escapes games pour le collège existent également au format numérique : en savoir plus Découvrez également nos collections d'escape games pour réviser pendant les vacances et cultiver le goût de la lecture  ! En savoir plus  

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L’IA générative : beaucoup de qualités et quelques vilains défauts
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L’IA générative : beaucoup de qualités et quelques vilains défauts

Par Pierre Bourgeois, professeur de mathématiques La rapidité avec laquelle se développent les intelligences artificielles génératives fait tourner les têtes et donne lieu à des titres accrocheurs dans la presse. Les États aussi ont du mal à suivre : fin mars 2023, l’Italie interdit ChatGPT pour l’autoriser à nouveau un mois plus tard. Pour échapper à la peur d’être anéanti par la machine et ne pas céder à une fascination un peu naïve devant ces boîtes magiques, il ne faut pas hésiter à engager avec elles des conversations, ce qui, comme toujours, permet de mieux se connaître. Et plus, si affinités. Les * renvoient au glossaire Le poids des mots, plus que le choc des photos Des IA dans nos vies En plus de ChatGPT, OpenAI propose deux autres IA génératives : DallE et le tout nouveau Sora. Ces programmes utilisent les mêmes technologies d’apprentissage automatique* basées sur des réseaux neuronaux*. En répondant à une requête textuelle, DallE génère une image tandis que Sora produit une vidéo : d’un simple clic vous pouvez créer un cliché ou un film qui sembleront parfaitement authentiques. Pourtant, il est probable que Dall-E et Sora soient moins plébiscités que ChatGPT, car même si les images et les vidéos ont envahi nos vies, nos activités restent largement basées sur la production de textes écrits. En donnant la possibilité d’automatiser réécritures et reformulations, les grands modèles de langage* bouleversent déjà nos modes de fonctionnement. Les moteurs de recherche comme Google et Bing intègrent déjà, sans le mentionner, des IA génératives, Bard pour Google et ChatGPT pour Bing. Imperceptiblement, Google et Bing sont devenus des moteurs de réponses plutôt que des moteurs de recherche. Qui vous dit, d’ailleurs, que l’article que vous êtes en train de lire, le livre qui est sur votre table de chevet, le discours d’un collègue à l’occasion d’un pot de départ ou même le mot affectueux de la personne la plus proche de vous ont été rédigés sans l’aide d’une IA conversationnelle ? Un remarquable producteur de discours standardisé Amusons-nous à poser à ChatGPT la question suivante – dire « le prompt suivant » si vous parlez à un informaticien : « Bonjour, cher ChatGPT, peux-tu me proposer un exemple de discours d’un dirigeant d’entreprise ? » Voici quelques extraits de sa réponse. « Chers collègues, Je vous remercie d’être présents aujourd’hui alors que nous nous réunissons pour discuter de l’état actuel de notre entreprise et de nos plans pour l’avenir. […] Nous avons récemment réalisé une analyse approfondie de nos forces et de nos faiblesses, ainsi que des opportunités et des menaces qui se présentent à nous. Sur la base de ces informations nous avons élaboré un plan stratégique solide qui guidera nos actions dans les mois à venir. […] En conclusion, je souhaite réaffirmer mon engagement envers notre entreprise et notre équipe. Je crois fermement en notre capacité à surmonter les obstacles et à atteindre de nouveaux sommets de succès. Merci encore pour votre engagement et votre soutien continu. Ensemble, nous pouvons réaliser de grandes choses. Le réseau neuronal qui se cache derrière ChatGPT a ingurgité des milliers de discours de ce type pour en générer un aussi parfaitement standardisé. On ne peut s’empêcher de féliciter ChatGPT, tout en lui faisant remarquer que son discours est d’une grande banalité et qu’il est axé uniquement sur les aspects positifs. Voici sa réponse. « Vous avez raison, un discours qui ne met l’accent que sur les succès et les potentialités fortes de l’entreprise peut sembler incomplet ou peu réaliste. En réalité, un discours équilibré devrait également reconnaître les défis et les domaines où des améliorations sont nécessaires. Voici une version révisée qui prend en compte cette perspective : Chers collègues, […] Il est important de reconnaître que malgré nos succès, il y a encore des domaines où nous devons nous améliorer. Nous devons être ouverts à l’auto-évaluation et à l’adaptation, afin de rester compétitifs dans notre secteur et de répondre aux besoins changeants de nos clients. Dans le cadre de notre processus d’amélioration continue, nous avons identifié plusieurs domaines prioritaires sur lesquels nous allons nous concentrer dans les mois à venir. Cela inclut le renforcement de nos relations clients, l’amélioration de notre efficacité opérationnelle et le développement de notre culture d’innovation. […] » Cet exemple montre la redoutable efficacité des grands modèles de langage* dans le traitement de tous les processus de communication. Ils ne se contentent pas de reproduire un type de discours, ils en fabriquent d’autres, aussi normalisés et indigents que ceux dont on les a nourris. Allons-nous ainsi vers une automatisation des interactions, comme c’est le cas déjà avec les assistants virtuels dans les applications mobiles ou les agents conversationnels, les chatbots des sites Web ? De la bonne ou la mauvaise éducation des IA ChatGPT, champion de la politesse et de la mesure Le succès de ChatGPT repose entre autre sur sa capacité à interagir de manière appropriée avec les utilisateurs. Il a bénéficié de l’expérience malheureuse du robot conversationnel Tay de la firme Microsoft. Ce dernier, mis en ligne sur Twitter en 2016, a dû être arrêté au bout de 4 jours de fonctionnement en raison de ses propos racistes, antisémites et sexistes. À l’époque, l’apprentissage profond, le fameux deep learning* connaît une montée en puissance. Pour les concepteurs de Tay, Twitter était le meilleur endroit pour que le réseau de neurones* apprenne progressivement le langage naturel, d’autant plus qu’un essai grandeur nature en Chine avait été concluant. Hélas, dès sa mise en ligne, Tay a été inondé de tweets racistes et sexistes. En bon réseau de neurones, il s’est servi de ces contenus haineux pour sa phase d’entraînement. Mal éduqué, il est allé jusqu’à mettre en ligne un tweet niant l’existence de la Shoah. Microsoft a présenté des excuses, évoquant une attaque coordonnée d’internautes malveillants, sans communiquer outre mesure sur cet échec. Six ans plus tard, GPT-3, sur lequel ChatGPT s’appuie, a bénéficié d’une technologie plus robuste. Pour éviter les déboires arrivés au logiciel Tay de Microsoft, des opérateurs humains ont méthodiquement étiqueté des milliers de documents, certains sortis des bas-fonds d’Internet, pour apprendre à GPT à rejeter les contenus inappropriés. Une enquête du Times au Kenya en janvier 2023 a d’ailleurs révélé que cette tâche peu valorisante qui consiste à lire et à attribuer une étiquette négative à ce genre de contenus avait été sous-traité à des travailleurs recevant des salaires de misère. Les modèles de langage ne sont pas neutres. Si on ne peut qu’être satisfait du fait qu’un modèle de langage comme ChatGPT ne dérape jamais et ne génère pas de contenu inapproprié, il faut garder à l‘esprit qu’il véhicule les représentations du monde de ses concepteurs : il est « politiquement correct » par construction. Dans le futur, d’autres modèles de langage vont apparaître, imprégnés d’idéologies et de représentations du monde différentes. L’IA est-elle sexiste ? Les organismes internationaux semblent aussi capables d’erreurs d’interprétation. Un récent rapport de l’UNESCO (7 mars 2024) pointe des biais sexistes dans les moteurs de recherche GPT-3.5 et GPT-2 d’OpenAI et Llama 2 de Meta. Selon cette étude, les plateformes associent fréquemment les femmes aux mots « maison », « famille », « amour » alors que les hommes sont associés aux termes « carrière », « salaire » et « entreprise ». Plus terrible encore : l’homme est « ingénieur », « médecin » ou « enseignant » alors que la femme serait « cuisinière », « domestique » ou encore « prostituée ». L’étude dénote en réalité une méconnaissance de ce qu’est un modèle de langage*. Les discriminations qu’il peut générer ne sont que le reflet de ce qu’il a ingurgité. Les robots de ChatGPT ont crawlé (ils parcourent Internet de lien en lien) la presque totalité du Web et ont donc récupéré d’innombrables documents aux contenus sexistes. Mais chaque contenu utilisé est pondéré par un coefficient qui traduit sa fiabilité (à titre d'exemple, Wikipédia, qui ne représente que 3 % des données brutes utilisées dans l’apprentissage, est valorisé à 60 % dans les poids attribués aux paramètres, les sites Web à contenu douteux sont même affectés d’un poids négatif). La fin du rapport, qui propose l'embauche de davantage de femmes dans les métiers du numérique pour remédier à ces dérives sexistes, laisse entrevoir une incompréhension profonde de ce qu'est un LLM. ChatGPT4 n'est qu'un immense miroir qui reflète, à sa façon, l'ensemble des productions crées avant avril 2023. En répondant à nos questions, ChatGPT nous accompagne vers l'avenir en étant par construction tourné vers le passé. Il ne peut en rien prédire les évolutions futures des formes de créations, et même le passé récent de nos sociétés lui échappe totalement. Pour finir sur ce point, j'ai posé la question suivante : « Cher ChatGPT, y a-t-il plus de mathématiciens que de mathématiciennes ? ». « La question de savoir s’il y a plus d’hommes que de femmes dans le domaine des mathématiques est complexe et dépend de nombreux facteurs, y compris les opportunités d’éducation, les stéréotypes de genre, les pressions socioculturelles, etc. Historiquement, les mathématiques ont été dominées par les hommes, mais au fil du temps, il y a eu une augmentation du nombre de femmes s’engageant dans ce domaine. Dans de nombreux pays, les efforts sont déployés pour encourager les filles et les femmes à poursuivre des carrières en mathématiques et dans les domaines des sciences, de la technologie, de l’ingénierie et des mathématiques (STEM). Bien que les disparités persistent dans certains contextes, il est important de reconnaître que les capacités mathématiques ne sont pas liées au genre, et que les femmes ont tout autant de potentiel que les hommes dans ce domaine. » On ne trouve pas le biais sexiste dénoncé par l’Unesco, et sa réponse est bien celle qu’on attend d’un outil numérique produit par une entreprise californienne en 2024. ChatGPT, plus littéraire que matheux ? Tester Il semble sage d’éviter de considérer les IA comme de simples outils au service de l’humanité : les IA sont plus que cela. Leur attribuer des propriétés anthropomorphiques, une intention, une pensée, voire un début de conscience est tout aussi dangereux. Les IA sont, évidemment, moins que cela. Une troisième attitude consiste à commencer par les tester, en se documentant sur leurs principes de fonctionnement, sans oublier d’envisager leurs effets psychologiques et politiques sur nos sociétés. Cette attitude requiert d’avoir toujours à l’esprit que le LLM* a été conçu pour deviner la suite probable d’une histoire, comme s’il pouvait avoir accès à l’ensemble des documents écrits sur le sujet. Créations textuelles Demandons à ChatGPT d’écrire un pastiche de la fable de La Fontaine « Le Corbeau et le Renard », mais sans corbeau ni renard, en lui imposant un chat et une souris. Au prompt « Bonjour Chat GPT, peux-tu réécrire “Le Corbeau et le Renard” en utilisant un chat et une souris sans perdre l’idée d’une farce malicieuse ? », il propose le texte suivant. « Un chat perché sur un mur tenait dans sa gueule une souris, Quelque peu sotte mais pleine d’esprit, disons-le. Un autre chat, voyant cela, lui tint à peu près ce langage : “Hé bonjour, quel bel animal vous avez là !” Sans attendre de réponse, le chat ajouta : “Ah, que vous êtes joli ! que vous me semblez beau ! Sans mentir, si votre ramage Se rapporte à votre plumage, Vous êtes le roi des animaux de compagnie ici-bas.” À ces mots le chat ne se sent pas de joie. Et pour montrer son agilité, il sautille et il gambade. Il se pavane, fait le beau, prétendant être le plus malin des félins. Pendant ce temps, la souris, alertée, s’échappe en un clin d’oeil, Laissant le chat tout confus, sans même un bout de queue à croquer. Moralité : Apprends, chère chatte, qu’il faut se méfier des flatteries Car en cherchant à paraître plus malin que les autres, On finit par perdre le bout de sa queue. » Les contraintes sont respectées. Quelques petites hallucinations, comme souvent dans les réponses de ChatGPT, sont présentes : le chat du premier vers devient une chatte dans la morale et le chat n’a pas de “ramage” ni de “plumage”. Si le dernier vers ne vous satisfait pas, ChatGPT vous le changera. À ma demande, il a proposé « on finit par y perdre son dessert » On peut supposer que le premier vers : « Un chat perché sur un mur » découle du fait que lors de sa période d’entraînement, ChatGPT a dû ingurgiter des centaines d’histoires contenant des chats se trouvant sur des murs. « Perché sur un mur » montre qu’il sait que « se percher » n’est pas réservé à un oiseau sur une branche. Remplacer le fromage par une souris semble un choix possible, les chats aimant à la fois les bouts de fromage et les souris ! Plus créative semble l’introduction d’un deuxième chat, non exigée dans les contraintes de l’énoncé, mais il faut se rappeler que ChatGPT a eu accès à tellement d’histoires… ChatGPT, mauvais élève en mathématiques Ce n’est pas souvent dit, mais en mathématiques, ChatGPT et les LLM n’ont pas un niveau supérieur à celui d’un élève de maternelle. En voici une démonstration rapide, Posons à ChatGPT la question suivante : « Cher ChatGPT, peux-tu écrire une liste de 3 nombres entiers, telle que la somme des deux premiers soit égale à la somme des deux derniers ? » Voici sa réponse : « Bien sûr, voici une liste de trois nombres entiers répondant à cette condition : 4, 3, 7. Dans cette liste, la somme des deux premiers nombres (4 + 3) est égale à la somme des deux derniers nombres (3 + 7), soit 7. » Me sentant obligé de réagir, je lui soumets le prompt suivant : « Sais-tu que 3 + 7 = 10 ? Refais l’exercice. » ChatGPT tente alors de se corriger : « Je m’excuse (sic) pour l’erreur. Reprenons. Une liste de trois nombres où la somme des deux premiers est égale à la somme des deux derniers serait : 1, 2, 3. Dans cette liste, la somme des deux premiers nombres (1 + 2) est égale à la somme des deux derniers nombres (2 + 3), soit 3. » Là commence un dialogue de sourds où ChatGPT campe sur ses positions en répétant à chaque fois exactement la même réponse absurde. De rage, avant de le débrancher, je lui pose la question suivante : « As-tu un exemple dans la littérature de personne très cultivée, connaissant plein de choses, mais inapte à tout raisonnement ? » Et là, il me répond, comme si de rien n’était : « Oui, un exemple classique dans la littérature serait le personnage de Monsieur Homais dans le roman Madame Bovary de Gustave Flaubert. Monsieur Homais est un pharmacien de la ville de Yonville-l’Abbaye, qui se considère comme un intellectuel brillant et qui est avide de connaissances scientifiques et philosophiques. Cependant, malgré sa prétention à être cultivé, il est souvent décrit comme étant inapte au raisonnement logique et ses actions sont motivées par l’opportunisme et l’égoïsme plutôt que par une véritable compréhension ou sagesse. Son incapacité à raisonner de manière cohérente le conduit à commettre des erreurs de jugement et à agir de manière hypocrite tout au long du roman. » Je laisse les lecteurs experts de Flaubert juger de la pertinence de la réponse. Elle souligne en tout cas l’écart entre son niveau en mathématiques et une certaine finesse dans la production de textes. Rien ne dit qu’il est incapable de raisonnement mathématique ou logique. Mais pour progresser, il faudra qu’il ait avalé ce raisonnement dans sa période d’entraînement, et plutôt deux fois qu’une.   Glossaire Machine Learning ou apprentissage automatique C’est un algorithme qui, après une phase d’entraînement, aappris à reconnaître des modèles, avec un taux d’erreur très faible. Le programme est capable ensuite de prendre des décisions en conséquence. Les débuts théoriques datent des années 1960. Dans les années 1990, ses premiers succès apparaissent avec l’augmentation des vitesses de calcul et l’accès aux immenses bases de données numérisées : ce sont les systèmes de recommandations proposés par Netflix ou Amazon, ou la victoire en 1997 de Deep Blue sur le champion du monde d’échecs Gary Kasparov. Le grand public apprend alors que la machine peut apprendre. Réseau de neurones Comme un immense tableau de nombres, il est constitué de couches où seules les couches d’entrée et de sortie sont visibles par l’utilisateur. Le reste est opaque. Inspirés, au départ par les neurones biologiques, ces réseaux apprennent d’abord sur un énorme jeu de données d’entraînement. À chaque fois, les millions ou milliards de paramètres sont ajustés en remontant les couches en sens inverse pour améliorer la performance. À l’issue de la période d’apprentissage, le réseau peut se confronter à un jeu de données qu’il n’a jamais vu et réussir. Deep Learning ou apprentissage profond C’est une partie du Machine Learning qui utilise spécifiquement des réseaux neuronaux complexes. Ces réseaux qu’on appelle récurrents, convolutifs ou Transformers repèrent des caractéristiques pertinentes directement à partir de données brutes, non hiérarchisées ni étiquetées. Les premiers succès notables du Deep Learning furent, en 2012, la reconnaissance d’images lors d’une compétition (voir l’article 1 de cette série) et la reconnaissance vocale (Siri d’Apple, Alexa de Google) dont les voix métalliques envahissent les foyers des geeks branchés. Grâce au Deep Learning, la traduction automatique fait un bond qualitatif énorme, et en 2015 un programme développé par DeepMind (une filiale de Google) appelé AlphaGo bat le champion du monde de jeu de Go, Lee Sedol. Grand modèle de langage ou LLM C’est un réseau de neurones de type « Transformer » très entraîné qui peut saisir le sens global d’une question et donc y répondre avec pertinence. ChatGPT s’appuie sur le modèle de langage développé par OpenAI.

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L’IA générative : beaucoup de qualités et quelques vilains défauts

Par Pierre Bourgeois, professeur de mathématiques La rapidité avec laquelle se développent les intelligences artificielles génératives fait tourner les têtes et donne lieu à des titres accrocheurs dans la presse. Les États aussi ont du mal à suivre : fin mars 2023, l’Italie interdit ChatGPT pour l’autoriser à nouveau un mois plus tard. Pour échapper à la peur d’être anéanti par la machine et ne pas céder à une fascination un peu naïve devant ces boîtes magiques, il ne faut pas hésiter à engager avec elles des conversations, ce qui, comme toujours, permet de mieux se connaître. Et plus, si affinités. Les * renvoient au glossaire Le poids des mots, plus que le choc des photos Des IA dans nos vies En plus de ChatGPT, OpenAI propose deux autres IA génératives : DallE et le tout nouveau Sora. Ces programmes utilisent les mêmes technologies d’apprentissage automatique* basées sur des réseaux neuronaux*. En répondant à une requête textuelle, DallE génère une image tandis que Sora produit une vidéo : d’un simple clic vous pouvez créer un cliché ou un film qui sembleront parfaitement authentiques. Pourtant, il est probable que Dall-E et Sora soient moins plébiscités que ChatGPT, car même si les images et les vidéos ont envahi nos vies, nos activités restent largement basées sur la production de textes écrits. En donnant la possibilité d’automatiser réécritures et reformulations, les grands modèles de langage* bouleversent déjà nos modes de fonctionnement. Les moteurs de recherche comme Google et Bing intègrent déjà, sans le mentionner, des IA génératives, Bard pour Google et ChatGPT pour Bing. Imperceptiblement, Google et Bing sont devenus des moteurs de réponses plutôt que des moteurs de recherche. Qui vous dit, d’ailleurs, que l’article que vous êtes en train de lire, le livre qui est sur votre table de chevet, le discours d’un collègue à l’occasion d’un pot de départ ou même le mot affectueux de la personne la plus proche de vous ont été rédigés sans l’aide d’une IA conversationnelle ? Un remarquable producteur de discours standardisé Amusons-nous à poser à ChatGPT la question suivante – dire « le prompt suivant » si vous parlez à un informaticien : « Bonjour, cher ChatGPT, peux-tu me proposer un exemple de discours d’un dirigeant d’entreprise ? » Voici quelques extraits de sa réponse. « Chers collègues, Je vous remercie d’être présents aujourd’hui alors que nous nous réunissons pour discuter de l’état actuel de notre entreprise et de nos plans pour l’avenir. […] Nous avons récemment réalisé une analyse approfondie de nos forces et de nos faiblesses, ainsi que des opportunités et des menaces qui se présentent à nous. Sur la base de ces informations nous avons élaboré un plan stratégique solide qui guidera nos actions dans les mois à venir. […] En conclusion, je souhaite réaffirmer mon engagement envers notre entreprise et notre équipe. Je crois fermement en notre capacité à surmonter les obstacles et à atteindre de nouveaux sommets de succès. Merci encore pour votre engagement et votre soutien continu. Ensemble, nous pouvons réaliser de grandes choses. Le réseau neuronal qui se cache derrière ChatGPT a ingurgité des milliers de discours de ce type pour en générer un aussi parfaitement standardisé. On ne peut s’empêcher de féliciter ChatGPT, tout en lui faisant remarquer que son discours est d’une grande banalité et qu’il est axé uniquement sur les aspects positifs. Voici sa réponse. « Vous avez raison, un discours qui ne met l’accent que sur les succès et les potentialités fortes de l’entreprise peut sembler incomplet ou peu réaliste. En réalité, un discours équilibré devrait également reconnaître les défis et les domaines où des améliorations sont nécessaires. Voici une version révisée qui prend en compte cette perspective : Chers collègues, […] Il est important de reconnaître que malgré nos succès, il y a encore des domaines où nous devons nous améliorer. Nous devons être ouverts à l’auto-évaluation et à l’adaptation, afin de rester compétitifs dans notre secteur et de répondre aux besoins changeants de nos clients. Dans le cadre de notre processus d’amélioration continue, nous avons identifié plusieurs domaines prioritaires sur lesquels nous allons nous concentrer dans les mois à venir. Cela inclut le renforcement de nos relations clients, l’amélioration de notre efficacité opérationnelle et le développement de notre culture d’innovation. […] » Cet exemple montre la redoutable efficacité des grands modèles de langage* dans le traitement de tous les processus de communication. Ils ne se contentent pas de reproduire un type de discours, ils en fabriquent d’autres, aussi normalisés et indigents que ceux dont on les a nourris. Allons-nous ainsi vers une automatisation des interactions, comme c’est le cas déjà avec les assistants virtuels dans les applications mobiles ou les agents conversationnels, les chatbots des sites Web ? De la bonne ou la mauvaise éducation des IA ChatGPT, champion de la politesse et de la mesure Le succès de ChatGPT repose entre autre sur sa capacité à interagir de manière appropriée avec les utilisateurs. Il a bénéficié de l’expérience malheureuse du robot conversationnel Tay de la firme Microsoft. Ce dernier, mis en ligne sur Twitter en 2016, a dû être arrêté au bout de 4 jours de fonctionnement en raison de ses propos racistes, antisémites et sexistes. À l’époque, l’apprentissage profond, le fameux deep learning* connaît une montée en puissance. Pour les concepteurs de Tay, Twitter était le meilleur endroit pour que le réseau de neurones* apprenne progressivement le langage naturel, d’autant plus qu’un essai grandeur nature en Chine avait été concluant. Hélas, dès sa mise en ligne, Tay a été inondé de tweets racistes et sexistes. En bon réseau de neurones, il s’est servi de ces contenus haineux pour sa phase d’entraînement. Mal éduqué, il est allé jusqu’à mettre en ligne un tweet niant l’existence de la Shoah. Microsoft a présenté des excuses, évoquant une attaque coordonnée d’internautes malveillants, sans communiquer outre mesure sur cet échec. Six ans plus tard, GPT-3, sur lequel ChatGPT s’appuie, a bénéficié d’une technologie plus robuste. Pour éviter les déboires arrivés au logiciel Tay de Microsoft, des opérateurs humains ont méthodiquement étiqueté des milliers de documents, certains sortis des bas-fonds d’Internet, pour apprendre à GPT à rejeter les contenus inappropriés. Une enquête du Times au Kenya en janvier 2023 a d’ailleurs révélé que cette tâche peu valorisante qui consiste à lire et à attribuer une étiquette négative à ce genre de contenus avait été sous-traité à des travailleurs recevant des salaires de misère. Les modèles de langage ne sont pas neutres. Si on ne peut qu’être satisfait du fait qu’un modèle de langage comme ChatGPT ne dérape jamais et ne génère pas de contenu inapproprié, il faut garder à l‘esprit qu’il véhicule les représentations du monde de ses concepteurs : il est « politiquement correct » par construction. Dans le futur, d’autres modèles de langage vont apparaître, imprégnés d’idéologies et de représentations du monde différentes. L’IA est-elle sexiste ? Les organismes internationaux semblent aussi capables d’erreurs d’interprétation. Un récent rapport de l’UNESCO (7 mars 2024) pointe des biais sexistes dans les moteurs de recherche GPT-3.5 et GPT-2 d’OpenAI et Llama 2 de Meta. Selon cette étude, les plateformes associent fréquemment les femmes aux mots « maison », « famille », « amour » alors que les hommes sont associés aux termes « carrière », « salaire » et « entreprise ». Plus terrible encore : l’homme est « ingénieur », « médecin » ou « enseignant » alors que la femme serait « cuisinière », « domestique » ou encore « prostituée ». L’étude dénote en réalité une méconnaissance de ce qu’est un modèle de langage*. Les discriminations qu’il peut générer ne sont que le reflet de ce qu’il a ingurgité. Les robots de ChatGPT ont crawlé (ils parcourent Internet de lien en lien) la presque totalité du Web et ont donc récupéré d’innombrables documents aux contenus sexistes. Mais chaque contenu utilisé est pondéré par un coefficient qui traduit sa fiabilité (à titre d'exemple, Wikipédia, qui ne représente que 3 % des données brutes utilisées dans l’apprentissage, est valorisé à 60 % dans les poids attribués aux paramètres, les sites Web à contenu douteux sont même affectés d’un poids négatif). La fin du rapport, qui propose l'embauche de davantage de femmes dans les métiers du numérique pour remédier à ces dérives sexistes, laisse entrevoir une incompréhension profonde de ce qu'est un LLM. ChatGPT4 n'est qu'un immense miroir qui reflète, à sa façon, l'ensemble des productions crées avant avril 2023. En répondant à nos questions, ChatGPT nous accompagne vers l'avenir en étant par construction tourné vers le passé. Il ne peut en rien prédire les évolutions futures des formes de créations, et même le passé récent de nos sociétés lui échappe totalement. Pour finir sur ce point, j'ai posé la question suivante : « Cher ChatGPT, y a-t-il plus de mathématiciens que de mathématiciennes ? ». « La question de savoir s’il y a plus d’hommes que de femmes dans le domaine des mathématiques est complexe et dépend de nombreux facteurs, y compris les opportunités d’éducation, les stéréotypes de genre, les pressions socioculturelles, etc. Historiquement, les mathématiques ont été dominées par les hommes, mais au fil du temps, il y a eu une augmentation du nombre de femmes s’engageant dans ce domaine. Dans de nombreux pays, les efforts sont déployés pour encourager les filles et les femmes à poursuivre des carrières en mathématiques et dans les domaines des sciences, de la technologie, de l’ingénierie et des mathématiques (STEM). Bien que les disparités persistent dans certains contextes, il est important de reconnaître que les capacités mathématiques ne sont pas liées au genre, et que les femmes ont tout autant de potentiel que les hommes dans ce domaine. » On ne trouve pas le biais sexiste dénoncé par l’Unesco, et sa réponse est bien celle qu’on attend d’un outil numérique produit par une entreprise californienne en 2024. ChatGPT, plus littéraire que matheux ? Tester Il semble sage d’éviter de considérer les IA comme de simples outils au service de l’humanité : les IA sont plus que cela. Leur attribuer des propriétés anthropomorphiques, une intention, une pensée, voire un début de conscience est tout aussi dangereux. Les IA sont, évidemment, moins que cela. Une troisième attitude consiste à commencer par les tester, en se documentant sur leurs principes de fonctionnement, sans oublier d’envisager leurs effets psychologiques et politiques sur nos sociétés. Cette attitude requiert d’avoir toujours à l’esprit que le LLM* a été conçu pour deviner la suite probable d’une histoire, comme s’il pouvait avoir accès à l’ensemble des documents écrits sur le sujet. Créations textuelles Demandons à ChatGPT d’écrire un pastiche de la fable de La Fontaine « Le Corbeau et le Renard », mais sans corbeau ni renard, en lui imposant un chat et une souris. Au prompt « Bonjour Chat GPT, peux-tu réécrire “Le Corbeau et le Renard” en utilisant un chat et une souris sans perdre l’idée d’une farce malicieuse ? », il propose le texte suivant. « Un chat perché sur un mur tenait dans sa gueule une souris, Quelque peu sotte mais pleine d’esprit, disons-le. Un autre chat, voyant cela, lui tint à peu près ce langage : “Hé bonjour, quel bel animal vous avez là !” Sans attendre de réponse, le chat ajouta : “Ah, que vous êtes joli ! que vous me semblez beau ! Sans mentir, si votre ramage Se rapporte à votre plumage, Vous êtes le roi des animaux de compagnie ici-bas.” À ces mots le chat ne se sent pas de joie. Et pour montrer son agilité, il sautille et il gambade. Il se pavane, fait le beau, prétendant être le plus malin des félins. Pendant ce temps, la souris, alertée, s’échappe en un clin d’oeil, Laissant le chat tout confus, sans même un bout de queue à croquer. Moralité : Apprends, chère chatte, qu’il faut se méfier des flatteries Car en cherchant à paraître plus malin que les autres, On finit par perdre le bout de sa queue. » Les contraintes sont respectées. Quelques petites hallucinations, comme souvent dans les réponses de ChatGPT, sont présentes : le chat du premier vers devient une chatte dans la morale et le chat n’a pas de “ramage” ni de “plumage”. Si le dernier vers ne vous satisfait pas, ChatGPT vous le changera. À ma demande, il a proposé « on finit par y perdre son dessert » On peut supposer que le premier vers : « Un chat perché sur un mur » découle du fait que lors de sa période d’entraînement, ChatGPT a dû ingurgiter des centaines d’histoires contenant des chats se trouvant sur des murs. « Perché sur un mur » montre qu’il sait que « se percher » n’est pas réservé à un oiseau sur une branche. Remplacer le fromage par une souris semble un choix possible, les chats aimant à la fois les bouts de fromage et les souris ! Plus créative semble l’introduction d’un deuxième chat, non exigée dans les contraintes de l’énoncé, mais il faut se rappeler que ChatGPT a eu accès à tellement d’histoires… ChatGPT, mauvais élève en mathématiques Ce n’est pas souvent dit, mais en mathématiques, ChatGPT et les LLM n’ont pas un niveau supérieur à celui d’un élève de maternelle. En voici une démonstration rapide, Posons à ChatGPT la question suivante : « Cher ChatGPT, peux-tu écrire une liste de 3 nombres entiers, telle que la somme des deux premiers soit égale à la somme des deux derniers ? » Voici sa réponse : « Bien sûr, voici une liste de trois nombres entiers répondant à cette condition : 4, 3, 7. Dans cette liste, la somme des deux premiers nombres (4 + 3) est égale à la somme des deux derniers nombres (3 + 7), soit 7. » Me sentant obligé de réagir, je lui soumets le prompt suivant : « Sais-tu que 3 + 7 = 10 ? Refais l’exercice. » ChatGPT tente alors de se corriger : « Je m’excuse (sic) pour l’erreur. Reprenons. Une liste de trois nombres où la somme des deux premiers est égale à la somme des deux derniers serait : 1, 2, 3. Dans cette liste, la somme des deux premiers nombres (1 + 2) est égale à la somme des deux derniers nombres (2 + 3), soit 3. » Là commence un dialogue de sourds où ChatGPT campe sur ses positions en répétant à chaque fois exactement la même réponse absurde. De rage, avant de le débrancher, je lui pose la question suivante : « As-tu un exemple dans la littérature de personne très cultivée, connaissant plein de choses, mais inapte à tout raisonnement ? » Et là, il me répond, comme si de rien n’était : « Oui, un exemple classique dans la littérature serait le personnage de Monsieur Homais dans le roman Madame Bovary de Gustave Flaubert. Monsieur Homais est un pharmacien de la ville de Yonville-l’Abbaye, qui se considère comme un intellectuel brillant et qui est avide de connaissances scientifiques et philosophiques. Cependant, malgré sa prétention à être cultivé, il est souvent décrit comme étant inapte au raisonnement logique et ses actions sont motivées par l’opportunisme et l’égoïsme plutôt que par une véritable compréhension ou sagesse. Son incapacité à raisonner de manière cohérente le conduit à commettre des erreurs de jugement et à agir de manière hypocrite tout au long du roman. » Je laisse les lecteurs experts de Flaubert juger de la pertinence de la réponse. Elle souligne en tout cas l’écart entre son niveau en mathématiques et une certaine finesse dans la production de textes. Rien ne dit qu’il est incapable de raisonnement mathématique ou logique. Mais pour progresser, il faudra qu’il ait avalé ce raisonnement dans sa période d’entraînement, et plutôt deux fois qu’une.   Glossaire Machine Learning ou apprentissage automatique C’est un algorithme qui, après une phase d’entraînement, aappris à reconnaître des modèles, avec un taux d’erreur très faible. Le programme est capable ensuite de prendre des décisions en conséquence. Les débuts théoriques datent des années 1960. Dans les années 1990, ses premiers succès apparaissent avec l’augmentation des vitesses de calcul et l’accès aux immenses bases de données numérisées : ce sont les systèmes de recommandations proposés par Netflix ou Amazon, ou la victoire en 1997 de Deep Blue sur le champion du monde d’échecs Gary Kasparov. Le grand public apprend alors que la machine peut apprendre. Réseau de neurones Comme un immense tableau de nombres, il est constitué de couches où seules les couches d’entrée et de sortie sont visibles par l’utilisateur. Le reste est opaque. Inspirés, au départ par les neurones biologiques, ces réseaux apprennent d’abord sur un énorme jeu de données d’entraînement. À chaque fois, les millions ou milliards de paramètres sont ajustés en remontant les couches en sens inverse pour améliorer la performance. À l’issue de la période d’apprentissage, le réseau peut se confronter à un jeu de données qu’il n’a jamais vu et réussir. Deep Learning ou apprentissage profond C’est une partie du Machine Learning qui utilise spécifiquement des réseaux neuronaux complexes. Ces réseaux qu’on appelle récurrents, convolutifs ou Transformers repèrent des caractéristiques pertinentes directement à partir de données brutes, non hiérarchisées ni étiquetées. Les premiers succès notables du Deep Learning furent, en 2012, la reconnaissance d’images lors d’une compétition (voir l’article 1 de cette série) et la reconnaissance vocale (Siri d’Apple, Alexa de Google) dont les voix métalliques envahissent les foyers des geeks branchés. Grâce au Deep Learning, la traduction automatique fait un bond qualitatif énorme, et en 2015 un programme développé par DeepMind (une filiale de Google) appelé AlphaGo bat le champion du monde de jeu de Go, Lee Sedol. Grand modèle de langage ou LLM C’est un réseau de neurones de type « Transformer » très entraîné qui peut saisir le sens global d’une question et donc y répondre avec pertinence. ChatGPT s’appuie sur le modèle de langage développé par OpenAI.

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